Mis à jour le 28 août 2026

    Facteurs d'émission de l'électricité en Côte d'Ivoire : quelle source pour quel cadre

    Cinq sources publiques donnent un facteur d'émission au réseau ivoirien. Les valeurs chiffrées vont de 0,347 à 0,578 kilogramme de CO2 équivalent par kilowattheure : la plus haute dépasse la plus basse de deux tiers. Aucune n'est fausse. Elles ne mesurent ni la même chose, ni la même année. Voici laquelle citer selon le cadre auquel vous rendez des comptes.

    Les cinq sources, telles quelles

    0,401 kgCO2e/kWh

    Electricity Maps

    Données de 2025

    Moyenne annuelle, la valeur la plus récente accessible librement, avec une série qui remonte à 2017. L'éditeur marque la zone ivoirienne « Synthetic » : faute de sources locales assez fines et assez fréquentes, le détail est modélisé à partir du total annuel et de données météo, et ne sera pas remplacé par des mesures. C'est donc l'agrégat annuel qui porte la donnée, pas la courbe.

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    0,347 kgCO2e/kWh

    Ember, EIA et AIE, agrégés par Low Carbon Power

    Données de 2023

    Intensité carbone du mix réellement produit, sur une année où la production bas carbone représentait 31 pour cent du total.

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    Publication payante

    AIE, Emission Factors, édition 2025

    Données de 2023

    La référence dont dérivent la plupart des autres. La méthodologie est publique, les valeurs par pays ne le sont pas. Un siège qui impose l'AIE comme référentiel dispose en général de la licence.

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    0,567 tCO2/MWh en marge combinée

    MDP, base de référence normalisée ASB0034-2021, West African Power Pool

    Données de 2017 à 2019

    Marge opérationnelle 0,578, marge de construction 0,556. Réservée aux projets du Mécanisme de développement propre, et applicable à six pays qui n'incluent pas la Côte d'Ivoire. Validité expirée le 25 février 2024.

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    0,445 kgCO2e/kWh

    ADEME, Base Carbone, d'après l'AIE

    Données de 2011

    Production, émissions directes des centrales. Hors échanges transfrontaliers. L'ADEME précise elle-même que les hypothèses de l'AIE ne permettent pas de comparer directement ces valeurs à celles de la France.

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    Pourquoi elles divergent

    Trois écarts se cumulent, et aucun n'est une erreur de calcul.

    Le millésime
    Quatorze ans séparent la valeur de l'ADEME de la plus récente. Le mix ivoirien a changé sur la période, et un facteur d'émission suit le mix. Citer une valeur sans son année revient à ne rien citer.
    Le périmètre
    Émissions directes des centrales, ou cycle de vie du combustible ? Électricité produite, ou électricité livrée après pertes de réseau ? Aucune des valeurs ci-dessus n'inclut les pertes de transport et de distribution, qui ne sont pas nulles.
    La méthode
    Une moyenne du parc et une marge du Mécanisme de développement propre ne répondent pas à la même question. La moyenne dit ce qu'émet le kilowattheure consommé aujourd'hui. La marge dit ce qu'un kilowattheure économisé évite d'émettre, ce qui est un tout autre calcul, et un chiffre structurellement plus élevé.

    Une valeur en temps réel n'est pas une mesure

    Une des cinq sources affiche pour la Côte d'Ivoire une intensité carbone qui change toutes les cinq minutes. C'est la plus séduisante des cinq, et celle qui demande le plus de précaution.

    L'éditeur marque lui-même la zone ivoirienne « Synthetic ». Dans son vocabulaire, l'étiquette désigne les zones où les sources locales ne sont ni assez fines ni assez fréquentes, quand elles existent : les valeurs sont alors produites par ses modèles, et ne seront pas remplacées plus tard par des mesures. La méthode part du total annuel de production, puis le répartit en mois et en heures à partir de données de température, de précipitations et d'ensoleillement, de sorte que la somme des heures retombe sur le total de l'année.

    La donnée réelle est donc annuelle. La courbe est une répartition de cette donnée, pas une observation du réseau ivoirien à l'instant affiché. Pour un bilan, c'est la moyenne annuelle qu'il faut retenir : une valeur horaire n'a de sens que là où elle est mesurée, ce qui n'est pas le cas ici. Une offre de pilotage à l'heure fondée sur cette courbe promettrait une précision que la donnée n'a pas.

    Le chiffre qu'on voit passer, et pourquoi il ne s'applique pas

    Une valeur autour de 0,55 à 0,58 circule régulièrement pour la Côte d'Ivoire. Elle a une origine identifiable : ce sont les valeurs du West African Power Pool publiées par le Mécanisme de développement propre, entre 0,556 et 0,578 selon la marge retenue.

    Deux raisons de ne pas l'utiliser pour un site ivoirien, et elles sont écrites dans le document lui-même.

    • La Côte d'Ivoire n'est pas dans la liste

      Le texte énumère les pays auxquels la base s'applique : Ghana, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal et Togo. La Côte d'Ivoire n'y figure pas, alors même qu'elle est interconnectée au réseau ouest-africain.

    • La validité a expiré

      Les valeurs étaient valables du 24 mars 2021 au 25 février 2024. Les citer aujourd'hui, c'est citer un document périmé.

    Les groupes électrogènes ne se comptent pas en kilowattheures

    C'est la partie que les outils conçus pour l'Europe traitent le plus mal, parce qu'un groupe électrogène y est un secours, pas une source de base.

    Un groupe n'a pas de facteur d'émission par kilowattheure produit. Sa consommation par kilowattheure dépend de son taux de charge : un groupe qui tourne à vingt pour cent de sa puissance brûle beaucoup plus de gazole par kilowattheure que le même groupe à quatre-vingts pour cent. Publier un facteur par kilowattheure pour un groupe revient à figer une hypothèse de charge que personne n'a vérifiée.

    Le facteur qui fait autorité porte donc sur le combustible, pas sur l'électricité. L'ADEME publie 3,17 kgCO2e par litre de gazole à la pompe, combustion et amont compris. La donnée à relever est le litre, pas une estimation de production.

    Conséquence pour le reporting : ces émissions sont du Scope 1, pas du Scope 2. Le combustible est brûlé sur votre site, par votre équipement. Un parc qui subit des délestages fréquents peut voir une part significative de son électricité basculer d'un scope à l'autre sans qu'aucune ligne de sa facture CIE ne le signale.

    Quelle source selon votre cadre

    Ce à quoi vous répondezLa source à citer
    Un siège européen, un questionnaire CSRDCelle qu'impose son propre référentiel, le plus souvent l'AIE. Demandez-la avant de calculer : recalculer après coup coûte plus cher que poser la question.
    Un bilan Scope 2 au GHG ProtocolUn facteur moyen du réseau, le plus récent disponible, cité avec son année et sa source dans le rapport lui-même.
    Un projet de crédits carboneLa base de référence normalisée applicable. Pour la Côte d'Ivoire, il n'en existe pas à ce jour : celle du West African Power Pool ne couvre pas le pays.
    L'audit énergétique réglementaireAucun facteur d'émission n'est requis. L'arrêté porte sur la consommation d'énergie, pas sur son contenu carbone. Les deux sujets se confondent souvent dans les demandes que nous recevons.

    Ce que nous ne savons pas

    Cette page dit aussi où s'arrêtent nos sources, parce qu'un chiffre présenté sans ses limites se retourne contre celui qui le publie.

    • Nous n'avons trouvé aucun facteur d'émission publié par la CIE ni par la Direction générale de l'énergie. Si un tel document existe, il ferait autorité sur toutes les sources ci-dessus, et nous mettrions cette page à jour.
    • Aucune des valeurs citées n'intègre les pertes de transport et de distribution. Un facteur « livré au compteur » serait supérieur à un facteur « produit à la centrale ».
    • Les millésimes 2024 et 2025 ne sont pas accessibles librement à la date de mise à jour de cette page.
    • Nous ne publions pas de facteur d'émission calculé par nous. Nous mesurons des consommations et nous citons des facteurs ; ce sont deux métiers différents.

    Ce que ça change en pratique

    Deux réflexes suffisent à rendre un bilan défendable devant un auditeur. Écrire la source et l'année à côté de chaque facteur, dans le rapport et pas dans un fichier annexe. Et relever les litres de gazole de chaque groupe, site par site, plutôt que de les estimer à partir d'heures de fonctionnement.

    Le second point est une question de mesure, pas de méthode : c'est précisément ce qu'un sous-comptage par site et par usage rend possible. Voir comment nous procédons.

    Sources

    1. Electricity Maps, données 2025. https://app.electricitymaps.com/map/zone/CI/all/yearly
    2. Ember, EIA et AIE, agrégés par Low Carbon Power, données 2023. https://lowcarbonpower.org/region/C%C3%B4te_d%E2%80%99Ivoire
    3. AIE, Emission Factors, édition 2025, données 2023. https://iea.blob.core.windows.net/assets/13238e6f-dc40-42ab-8948-ad36ecc09e98/IEA_Methodology_Emission_Factors_2025_package.pdf
    4. MDP, base de référence normalisée ASB0034-2021, West African Power Pool, données 2017 à 2019. https://cdm.unfccc.int/sunsetcms/storage/contents/stored-file-20210325112041972/ASB0034-2021.pdf
    5. ADEME, Base Carbone, d'après l'AIE, données 2011. https://prod-basecarbonesolo.ademe-dri.fr/documentation/UPLOAD_DOC_FR/moyenne_par_pays.htm
    6. ADEME, Base Empreinte, facteur d'émission du gazole à la pompe, 3,17 kgCO2e par litre. https://base-empreinte.ademe.fr/

    Page publiée le 28 août 2026, mise à jour le 28 août 2026. Une source manque ou une valeur a été actualisée ? Signalez-le nous, cette page est faite pour être corrigée.

    Vos groupes tournent combien d'heures, et à quelle charge ?

    La réponse ne se lit pas sur une facture CIE. Elle se relève, site par site, et c'est elle qui décide de la part de votre électricité qui bascule en Scope 1.